Les paniers du Val d'Ars

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            Le panier du Val d’Ars est né, voici bien longtemps, dans la région du lac de PALADRU, et avait un usage  essentiellement agricole. Son secteur géographique est plutôt limité, de ce fait, il est assez peu connu… Son appellation d’origine était : « PANIER à PALETTES », les palettes étant les fines lattes de bois utilisées pour sa fabrication.   
Confectionné en général en hiver par les paysans, il n’était pas ou peu commercialisé. Il servait à la ferme, à la cueillette des noix, des pommes de terre, des fruits, des châtaignes… etc… il était aussi très utilisé, du fait de sa robustesse, pour transporter le bois de la réserve à la cheminée ou à l’énorme fourneau duquel s’échappait le délicat fumet d’un succulent gratin dauphinois.
Il est conçu en bois de châtaignier du fait de la légèreté de ce dernier et de sa bonne résistance aux attaques du temps et des intempéries, mais aussi parce que cette essence est très répandue dans cettepartie du DAUPHINE, (dans notre région, la  plupart des clôtures sont en acacia ou en châtaignier).
Le châtaignier est un bois solide, souple et léger qui se prête bien à la confection de ce type de panier. Les paysans, lorsque la lune était favorable, allaient dans la forêt couper leur bois pour l’hiver et pour les besoins de la ferme (piquets, manches d’outils, planches etc… ). Ils choisissaient alors un tronc bien droit, sans nœuds, le laissaient sécher une bonne année, puis le portaient chez le scieur ou chez le menuisier qui le débitait en pièces de différentes dimensions.
De retour à la ferme, profitant des jours de mauvais temps, ils sciaient, taillaient, perçaient le tout pour en faire des paniers de différentes tailles, selon les besoins : les grands paniers étaient destinés aux hommes, les moyens aux femmes et les plus petits aux enfants.
Ces paniers étaient préférés aux paniers en osier car plus simples et plus solides et surtout facilement réparables; on peut en effet changer aisément une latte, un montant ou l’anse (appelée « manette »), chose beaucoup plus délicate sur un panier en osier. L’anse (on dit le plus souvent « la anse » dans le Dauphiné), est un jeune pied ou une branche de châtaignier cintré à froid par certains, ou à chaud, dans le four à pain, par d’autres. Détail très apprécié à la ferme : l’espace laissé entre les lattes permettait à la terre de tomber lors du ramassage des pommes de terre. Ces espaces facilitent aussi une meilleure aération des fruits et des légumes qu’on entrepose dans ces paniers, donc une meilleure conservation de ces derniers, ce qui intéresse tout particulièrement les ménagères soucieuses de présenter sur leur table des fruits parfaitement sains .
… Mais un jour, un bricoleur imaginatif inventa un panier en métal (grillagé), puis, plus tard, est apparu le seau en plastique. Progressivement, le panier à palettes traditionnel, si caractéristique du NORD-ISERE et du LAC de PALADRU, a été abandonné pour presque disparaître.

Depuis quelques années, je le fais revivre, en respectant le savoir-faire de nos anciens et dans la pure tradition de notre patrimoine, avec cependant une mission plus douillette, car, après la dure vie de la ferme, mes paniers trouvent plutôt, aujourd’hui, d’une manière générale, le calme d’un séjour, le confort d’un bahut, l’odeur de cire d’une commode ou la douce chaleur d’une cheminée.
… paniers classiques, paniers à fleurs, paniers à bouteilles ou paniers à bûches (garantis 2 ans), ces paniers seront le gage d’un souvenir authentique de votre passage dans notre région et, dans tous les cas, vide ou garni, il sera toujours un cadeau très représentatif du DAUPHINE.

Depuis plus de 25 ans, je les fabrique dans le même esprit, simple modification cependant, tout en gardant le châtaignier pour les lattes (les anciens les appelaient "palettes") et la anse (les anciens disaient "la manette"), j'utilise du frêne pour l'armature, autre bois noble, mais plus dense, garantie que les clous ne s'arracheront pas ... Les paniers à bûches que je fabrique bénéficient d'une garantie de 2 ans ... et resteront intacts de nombreuses années malgré un usage intensif.
Anecdote : voici quelques mois, j'ai réparé un panier à bûches que j'avais vendu 20 années auparavant en changeant quelques lattes, panier utilisé chaque jour d'hiver ...
       

Les Mondées en Dauphiné

            Après avoir terminé sa petafine* et essuyé son canif sur la jambe de son pantalon de velours, le père Joseph le referme avec un claquement sec. Aussitôt la Marie et Anne, sa fille aînée, se lèvent et débarrassent la table. Le père Joseph ouvre le tiroir de l'immense table et y dépose le reste du pain et le pot de fromage. Il va chercher dans la pièce voisine un gros sac de toile de jute rempli de noix. Il les avait cueillies en octobre juste avant les longues pluies d’automne.
Il les avait soigneusement étalées dans le séchoir au dessus de la grange. La récolte avait été bonne, le Raymond, boulanger du village, lui avait commandé des cerneaux et des brisures pour les fêtes, il en gardera quelques sacs pour la famille et pour vendre au marché de la Forteresse, le reste, il le portera au moulin de St Geoirs pour l’huile. Cette fameuse huile qui parfume si bien la salade de doucettes* et rend les ravioles* délicieuses.
Trois coups sont frappés à la porte qui s’ouvre, accompagnée par un courant d’air de début d’hiver.
La pluie n’allait pas tarder mais les voisins de la Caillonnière n’auraient manqué pour rien au monde la mondée chez Joseph. On attend aussi ceux du Veylat, du Haut Brézin, et du Preynat. Le Paul viendra avec son accordéon, la Louise va chanter toute la soirée, c’est sûr et tous les jeunes et moins jeunes vont danser la bourrée et le rigodon.
Joseph met sur sa cuisse une tuile romaine et d’un coup sec, à l’aide d’un maillet de bois, brise l’une après l’autre la coque des Franquettes, des Mayettes et des Parisiennes. L’oncle Henri et Paul font de même, ils mettent tous la noix de la même manière, « sur le ventre », la meilleure façon de garder le cerneau entier. Les cerneaux, réservés à la pâtisserie et à la confiserie sont payés un bon prix. Les morceaux cassés seront broyés, chauffés et pressés pour donner l’huile de noix, une autre merveille du Dauphiné*.
Les femmes et les jeunes décortiquent les fruits, les gamins, sous la grande table de chêne jouent avec les coques vides et commandent des armadas de vaisseaux lilliputiens pendant que les plus grands, devant la cheminée, dessinent dans la pénombre mille arabesques incandescentes avec des brindilles retirées de l’âtre. Les conversations et ragots vont bon train, combien de rumeurs et de rancœurs sont nées lors de ces mondées ? On parle de la famille, des évènements. De temps en temps, une histoire amusante fait rire l’assemblée à gorges déployées. Les verres se remplissent, blanc ou rouge, le vin nouveau est savouré, discuté mais toujours apprécié ... Tard dans la soirée, la maîtresse de maison apportera la gratinée et les gâteaux aux noix. Dans certaines familles, ce sera le moment de "l'ortolail"*. Filles et garçons danseront puis chacun affrontera le mauvais temps et les bourrasques pour retrouver sa ferme.
La semaine suivante, on ira monder les noix chez un autre, comme on l’avait fait pour la moisson, les vendanges et le « cayon »*.
Aujourd’hui, quelques associations du Dauphiné recréaient ces anciennes mondées, retour aux racines, besoin d’histoire ou nostalgie du bon vieux temps ...


* PETAFINE  dans le film "les bronzés font du ski" on peut voir, lors d'une scène prise dans une ferme de montagne, deux paysans du coin faire déguster un fromage crémeux, amoureusement affiné dans un pot de grès. C'est de la petafine. Faite avec les restes de vieux fromages, rapés, mélangés à du fromage blanc, un peu de vin blanc, d'eau de vie (gnole) un peu de noix concassées selon les goûts. On "oublie" une semaine, un mois, un an ... un siècle ... explosif !!!

*DOUCETTES   autre nom donné aux mâches.

* RAVIOLES   plat traditionnel du Royans et de la région de Romans, importé par les charbonnier italiens venus travailler dans le Vercors. Comme des petits raviolis mais avec une garniture faite à base de fromage.

* LES 7 MERVEILLES DU DAUPHINE : vous les connaissez ? vérifions ... 1) La Tour sans Venin.  2) le mont Aiguille.  3) La pierre percée.   4) les grottes de la Balme  5 )  le pont de Pont de Claix.  6)  la fontaine ardente. 7)  les cuves de Sassenage.  7 bis)  les paniers du Val d'Ars ...

* ORTOLAIL  (pas d'orthographe reconnue)  se déguste avant la soupe. Pendant quelques heures, faire mijoter une bonne soupe aux choux, comme dans le roman et le film du même nom. Dans cette soupe, beaucoup de légumes, un beau morceau de lard. Personnellement, j'aimais quand mes parents y ajoutaient une grande part de pommes de terre. Avant de servir la soupe, à l'aide d'une écumoire, sortir une partie des légumes rapidement égouttés. Gratter de l'ail, beaucoup d'ail, le répartir sur les légumes, sans laisser refroidir. Un long filet d'huile de chou, autrement dit d'huile de colza, mélanger, servir chaud et déguster, même si on se brûle les lèvres, on en redemande ...
Choisissez de l'huile de colza artisanale, celle qui a du goût.
On prépare l'ortolail dans le Sud-Isère et dans la Drôme. Vers St Marcellin et Vinay, pays de la noix, on remplace l'huile de colza par de l'huile de noix, la préparation s'appelle alors la Rotaille. La soupe au chou fait peter ... l'histoire le dit ... la Rotaille fait roter (d'où le nom sans doute) ... quant aux extra-terrestres, c'est une autre histoire ... 

* CAILLON   le cochon
 
 
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